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lundi 1 mars 2010

René Magritte, Valeurs personnelles (1952) et Salvador Dali, Nature morte vivante (1956)

Le genre de la nature morte a une très longue histoire : le terme lui-même est apparu au XVIIe siècle, et depuis, de nombreux peintres ont proposé des variations sur ce thème, montrant les rencontres d’objets les plus divers.

On croyait le genre… mort (!), au XXe siècle, une période remplie d’expérimentations hardies qui paraissaient remettre en question bien des critères classiques. Les peintres modernes ont toutefois accordé une attention soutenue au genre de la nature morte. Cézanne fut le premier à la remettre au goût du jour, avec ses célèbres pommes. Après Cézanne, les cubistes ont emboîté le pas et la nature morte s’est trouvée soumise aux permutations les plus étonnantes, car le genre était au centre de nouvelles manières de jouer avec la perspective.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les surréalistes ne se sont pas complètement désintéressés de la nature morte, même s’ils l’ont beaucoup moins pratiquée que les cubistes. Les deux peintures incluses ici le montrent bien; elles ont été peintes à seulement quatre ans d’intervalle.



De Magritte (1898-1967), tout d’abord, Valeurs personnelles (1952). Avec ses objets démesurés et son atmosphère à la fois paisible et silencieusement menaçante, le tableau a plusieurs points en commun avec d’autres tableaux magrittiens qui sortent les objets de leur monde habituel pour les transplanter ailleurs. Mais l’effet est plutôt singulier dans cette image!



De Dali (1904-1989), ensuite, Nature morte vivante (1956), qui donne à un genre habituellement stable et immobile une dimension mouvante et imprévisible. Cette peinture est l’un des emblèmes d’une période qu’il a lui-même qualifiée d’ « archangélisme scientifique » ou de « mysticisme nucléaire » – des perspectives à peu près impossibles à décrire en quelques mots, qui provoquent la rencontre d’éléments à première vue contradictoires.

dimanche 17 janvier 2010

René Magritte, L'empire des lumières II (1950)

René Magritte (1898-1967) est un de mes peintres préférés – non seulement parmi les surréalistes, mais parmi tous les peintres. Il est l’un des plus accessibles, parce que ses images sont peintes avec un réalisme assez prononcé, et les objets représentés nous sont presque toujours familiers… mais c’est la représentation qui change tout : le familier devient étranger, ce qu’on croyait connaître nous est présenté de façon inattendue.

Magritte réunit constamment des choses qui, habituellement, ne sont pas rapprochées : un grand nombre de ses peintures orchestre un choc entre des éléments contraires.


Une de ses images les plus caractéristiques (peut-être ma préférée entre toutes) est la rencontre du jour et de la nuit, dans la série de toiles qu’il a intitulée L’empire des lumières. Il en a peint au moins une vingtaine dans différents formats, mais selon un principe invariable.

J’inclus ici le tableau que j’ai vu au Museum of Modern Arts de New York. Il est de forme rectangulaire, alors que la plupart des versions de L’empire des lumières sont de forme verticale. Il confond au premier regard parce que la rencontre impossible est peinte avec un grand souci de réalisme. L’incongruité de l’image ne frappe qu’après coup.